Les habitants des Enfers

Hadès et Perséphone | Les "employés" de l'Hadès | Les divinités de la Mort

Les souverains : Hadès et Perséphone

Le mythe d'Hadès et de Perséphone est un des plus anciens, connu bien avant Hésiode, à l'époque du régime matriarcal des dieux et des hommes.
Rappelons brièvement leur légende. Perséphone, ou Coré ("jeune fille") est la fille de Démeter, déesse des moissons, de la terre, la Déesse-mère en quelque sorte, et de Zeus, le roi des dieux. Perséphone est enlevée par Hadès, roi des Enfers et frère de Zeus et de Démeter. Retenue prisonnière au royaume des morts alors que sa mère est partie à sa recherche, elle mange après une période de jeûne une graine de grenade, fruit symbole vaginal. Comme Eve goutant le fruit interdit, Perséphone quitte sa période de pureté et d'innocence, l'enfance, pour devenir une femme : elle épouse Hadès et devra rester à ses côtés une partie de l'année, l'hiver; et l'été, elle pourra retrouver sa mère et la surface de la terre. C'est ainsi que les grecs archaïques expliquaient le phénomène des saisons. L'été, Démeter et Perséphone, heureuses de se retrouver font fleurir la terre; l'hiver, de tristesse, la terre s'appauvrit. Perséphone peut alors être comparée à une graine sous terre, en germination, attendant les beaux jours pour éclore.
De même, Hadès n'est pas seulement le dieu des morts, terrifiant et implacable. Il est aussi un dieu de la terre et de la vie végétale. Il est confondu par les latins avec Plouton et est appelé Dis Pater ("le dispensateur de richesses"). Dieu de la mort, il est aussi dieu de la vie, ce qui fait de son royaume un monde ambiguë, où tout commence, où tout se finit, où rien n'est en fait figé.

Dans la figure ci-contre, nous pouvons reconnaître l'enlevement de Peséphone par Hadès. Celui ci est barbu et porte une toge, sur un char tenant d'une main les rênes de ses chevaux et empoignant de l'autre Perséphone à demi nue, se débattant, et dirigeant ses bras vers ses amies apeurées.

 


fig. 11 : peinture murale du "Tombeau de Proserpine"
de Vergina, IVème s. av. J.C.

fig. 12 : Sir Edward Coley Burne-Jones : L'enlevement de Proserpine, 1883-1884
Le dessin ci-dessus est une représentation moderne du thème de l'enlevement de Perséphone par Hadès. Ici, l'artiste donne une vision manichéenne de la scène. Hadès, le mal, sur un char tiré par des chevaux, sort des entrailles de la terre, accompagné par des Furies/démons ailés et une hydre, semant la panique au milieu des nymphes. Celles ci tentent de secourir Perséphone qui est déjà dans les bras des Furies. Cette panique préfigure un bouleversement prochain dans ce monde d'été perpetuel, l'angoisse devant l'arrivée de l'hiver, nouvelle création du à la trinité Démeter/Perséphone/Hadès. L'enlevement ne doit donc pas être perçu comme un évenement négatif, mais un acte nécessaire à la terre et aux hommes.



fig. 13 : plaque votive de Locri, fin du VIème s. av. J.C.
Perséphone reine des Enfers est bien différente de Perséphone "Coré" (jeune fille) avec sa mère. Elle est alors souvent assimilée à Hécate. On la trouve généralement représentée assise sur un trône, présidant aux Enfers, parfois un sceptre, des céréales ou un flambeau à la main (fig. 13 et 14).Le sceptre symbolise son pouvoir de reine et épouse d'Hadès, les céréales suggèrent sa qualité de déesses des récoltes, pouvant être ainsi comparée à une graine enfouie sous terre. Le flambeau symbolise la disparition de la lumière en hiver.
Perséphone et Hadès sont souvent représentés l'un avec l'autre, figurant la solidarité du couple (Perséphone ne semble pas détester son statut d'épouse et de reine des morts) et leur ambiguités vie / mort. (fig. 13, 14 et 15)
Dans la représentation ci-dessus (fig. 13), ils sont représentés l'un à côté de l'autre, assis sur des trônes. Perséphone au premier plan tient dans une main un coq et dans l'autre une gerbe de blé mûr, symbolisant son statut de femme, déesse des moissons et de l'agriculture. Hadès tient lui aussi une plante ainsi qu'une coupe, élement qu'on retrouvera fréquement (cf. fig. 14), qui démontre bien son ambiguïté de dieu de vie. Outre le sceptre ou la coupe, Hadès a aussi comme symbole l'épée (comme Thanatos) et le casque d'invisibilité. Nous retrouvons tous ces éléments dans la figure ci-contre, où le casque est représenté sous la forme d'un ovale blanc avec un graphisme symbolisant l'oeil.



fig. 14 : vase grec IVème s. av. J.C.


fig. 15 : Rubens : Orphée et Eurydice (détail)
La figure ci-contre nous montre Hadès comme un dieu "classique", c'est à dire très musclé, tenant son sceptre. Son épouse est vêtue de noir, comme une femme endeuillée (de sa vie sur terre, ou de la mort des vivants?). A ses pieds Cerbère, le chien tricéphale. Derrière eux, les flammes de l'Enfer illuminent le palais dont on voit une colonne dorée. Ils sont représentés par Rubens comme un couple royal mortel, dévoilant fastes, pouvoir et symboles, ainsi que leur fidèle compagnon canin.